Femmes de rue (la parole à Estelle)

« Femmes de rue, femmes à nu »

Bruxelles, onze janvier deux milles dix huit, dix sept heures.
Une étudiante chargée de courses, vêtue d’une veste kaki en jeans baskets, sans maquillage, rejoignait le chemin de son domicile. Au tournant d’une rue se tenait un trentenaire, bière à la main, le regard malsain…
« Hé mademoiselle, t’es bonne viens me voir ! »
« Tu veux baiser ? »
« Réponds sale chienne ! »
Ne supportant pas ce manque de respect qui fut une atteinte à son intégrité, un « ta gueule » audacieux s’échappa.
« Je vais te frapper salope, sale pute ! »
Les minutes étaient comptées, elle se voyait à terre, rouée de coups, le visage en sang…
Malgré la peur qui rongeait son esprit et tétanisait son corps, elle s’approcha de son visage sans baisser les yeux…
« Vas-y, frappe moi si tu es un homme ! »
Une vieille dame qui était de passage a eu le courage d’éloigner son agresseur, en assurant qu’elle allait contacter les services de police. Une seule personne ce soir là pris sa défense et sauva sa peau, une seule, tandis que les autres témoins de la scène étaient confinés en tant que spectateurs nonchalants, derrière la vitre de leurs commerces…
Cette jeune femme, c’est moi. La sale pute qui se réjouit, chaque soir, de rentrer chez elle retrouver son compagnon après une longue journée. Car oui, en 2018, la signification du mot « pute » va bien au-delà d’une femme qui échange des relations sexuelles contre une rémunération, non… Aujourd’hui, c’est beaucoup plus profond… Je le suis car je refuse de soumettre mon corps au premier inconnu venu, alors oui je suis fière d’être une pute !
Trois jours plus tôt, ironie du sort ou tout simplement le déclin sociétal inévitable, le Monde publiait une tribune signée par cent personnalités féminines, toutes aussi paradoxales les unes que les autres. Celles-ci revendiquent le droit légitime de l’homme à coller sa main au cul et, défendent la liberté d’importuner. La bêtise est universelle, elle n’a ni origine ni limite. Alors, frustrations enfouies ou rejet pathologique d’accepter le temps qui passe… ?
Chaque discours se révèle injure, envers toutes les femmes dont l’esprit et le corps est souillé. Une vraie féministe ne voue aucune haine acharnée contre les hommes, elle manifeste un refus absolu contre le manque de respect, la violence ainsi que toutes les pulsions forcées. Quand c’est non, c’est non ! En venant au monde, nous n’appartenons à personne et, notre corps est à nous et nous seul(e) ainsi qu’a celui ou celle que l’on choisit, de son plein gré.
« 100 fâââmes sorties de fonds de tiroirs ont signé la tribune de la honte. »
Je tiens à saluer ces propos tenus par Madame Karine Plassard, militante féministe et fondatrice de l’antenne « Osez le féminisme » à Clermont-Ferrand, dont j’admire le courage et la détermination. Cette femme qui en a plus dans le pantalon que dix mâles en ruts réunis et, dont la voix résonne au nom de toute la gente féminine et ce, sans exception !
Tous les jours, elle dénonce la violence et défend nos droits telle une Marianne des temps modernes.
Sachez madame que vous inspirez chacune de mes lignes, vous êtes un modèle de liberté et morale, ce second souffle qui prouve que rien n’est totalement vain.
Je tiens également à remercier Anna Circé de m’offrir la chance de brandir ma plume, je soutiens cette dernière dans son combat et, la hargne dont elle fait preuve au quotidien. Se taire c’est alimenter le mal.
Une pénalisation sévère est plus que jamais primordial contre ces agresseurs passés sous silence. Les sifflements, les remarques sur la tenue vestimentaire, les regards insistants et pervers, les questions intimes, les insultes. Du harcèlement au viol il n’y a qu’un pas.
Je revendique notre liberté de marcher librement dans les rues. Que l’on soit brune, blonde ou encore rousse, jeune ou mûre, célibataire ou en couple, fauchée ou aisée, fine ou ronde, timide ou exubérante, rien, absolument rien ne justifie la violence parce que nous sommes nées avec un vagin.

« Ne se mettre à genoux que pour cueillir une fleur. » (Jacques Brel)

© Decamps Estelle

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