Interview de Julie, 31 ans, victime de viol dans un lieu public

Interview de Julie, 31 ans, victime de viol.

 

  1. Peux-tu nous raconter ton agression?

Mercredi 4 mai 2016… J’ai 29 ans. Cela faisait quelque temps que je discutais avec un homme sur un site de rencontre, on se parlait bien et je commençais à avoir un peu confiance en lui. Ce fameux jour, il me demande si ça me plairait qu’on se rencontre (je me dis que c’est peut-être l’occasion), je lui propose donc qu’on se voit dans un parc où il y a un centre aéré, des jeux pour enfants (je me sentirais donc en sécurité étant donné qu’il y aurait du monde autour). On se donne rendez-vous donc dans ce parc à 15h30, je suis stressée quand même, je n’ai jamais fait ça… J’arrive la première dans le parc et je m’assois à une table vers l’entrée, je constate que le centre aéré est parti en sortie et que tout est très calme… Il arrive 10 minutes plus tard. Il s’assoit et on discute normalement comme sur le site, simplement et gentiment… Il me propose qu’on aille se balader dans le parc (il y a un parcours de santé), j’hésite et je finis par accepter car il est gentil et je ne me méfie pas, je constate qu’il n’y a personne au parc de jeux pour enfants (pourtant on est mercredi…). On avance tranquillement vers le parcours de santé (c’est un peu boisé mais il y a souvent du monde normalement… pas ce jour-là…). Au tout départ à peine « cachés », il tente de m’embrasser, je le repousse en lui disant qu’on est là pour faire connaissance juste ça et que je l’avais déjà prévenu, il me répond qu’il est d’accord et on continue à avancer un peu quand d’un coup sans que je ne m’en rende vraiment compte il me plaque contre un arbre et m’embrasse de force, je sens sa langue s’enfoncer dans ma bouche j’essaie de le repousser mais je n’y arrive pas et j’ai l’impression d’étouffer et de ne plus pouvoir respirer. Je sens ses mains sur moi sous mon t-shirt, arrivées jusqu’à ma poitrine, je suis pétrifiée et ne sais pas quoi faire, j’ai tellement peur d’un coup…. et là, sa main descend et sans que je ne sache comment, mon jean est défait et je sens sa main dans ma culotte, j’ai mal, tellement mal, je sens son ou ses doigts en moi, les larmes coulent, je sens le danger et je cherche à me défendre, mais j’ai peur, si peur… mon instinct de survie (je crois) se met en route et je vois rouge, je parviens, je ne sais comment à lui donner un grand coup de genou dans l’entrejambe, il tombe par terre et j’ai très mal quand ses doigts se retirent… je ne réfléchis pas et ne cherche même pas à rattacher mon jean et je cours vite, je veux partir très vite au point où je ne fais pas attention à ce qu’il y a au sol, il y a une racine, je butte dedans et m’effondre par terre (satanée racine!!!). Je suis tellement en colère contre moi pfff. Je tente de me relever au moment où il me rattrape et me jette au sol violemment et là je me vois mourir, c’est sûr il va me tuer, je le sais… Il me bloque au sol je ne peux plus bouger, je n’arrive pas à crier, je suis comme morte… D’un coup, j’entends le bruit d’une braguette je sais que c’est la sienne comme je n’ai pas eu le temps, moi de rattacher mon jean… je le sens en moi, rentrer puis sortir, plusieurs fois, je dirais au moins trois fois, j’ai horriblement, terriblement mal, dans tout mon être, tout mon corps hurle de douleur c’est atroce, j’ai l’impression que ça l’amuse car il me dit « tu vois t’aimes ça hein »… Je le sens se retirer j’ai vraiment très très mal mais il gémit de « bonheur » et je comprends qu’il a fini, qu’il a gagné et qu’il a obtenu ce qu’il voulait et maintenant je me demande ce qu’il va faire de moi, s’il va s’en aller ou s’il va m’achever…
Mais il me laisse là, étendue au sol, comme morte je n’ose pas bouger et j’entends ses pas de moins en moins et je présume qu’il s’éloigne et s’en va, je ne sais pas vraiment combien de temps je suis restée allongée sans bouger… J’ose me relever et je veux juste rentrer chez moi, je ne me rappelle pas si j’ai croisé du monde mais je rentre vite, j’ai tellement mal partout… Arrivée chez moi, je m’enferme à double tour, je ferme tous mes volets et je file toute habillée sous la douche, je crois que je garde même mes baskets, je suis complètement ailleurs… J’enlève tout et me frotte à n’en plus finir, je saigne j’ai mal partout c’est horriblement douloureux, j’ai dû rester sur la douche plus d’une heure tellement je me sentais sale j’avais l’impression d’avoir son odeur sur moi malgré tout ce que je faisais… En sortant de la douche, j’ai compris pourquoi j’avais mal, j’avais des bleus partout dans le dos… c’était vraiment moche… Je me suis séchée et blottie dans mon lit sous la couette dans le noir sans bouger…. Je ne réagissais plus…. Je ne réalisais pas encore que j’étais en vie… et que finalement cela allait être bien plus douloureux ensuite….

Je suis suivie par une infirmière en centre médico-psychologique, pour d’autres raisons, mais quand je suis arrivée à mon rendez-vous, elle a bien vu que je n’allais pas bien du tout, j’étais emmitouflée alors qu’il ne faisait pas froid, dehors, je lui dis que j’ai quelque chose à lui dire mais que je ne sais pas si je vais y arriver, du coup elle me fait parler d’autre chose avant de revenir sur ce que je veux lui dire à la base… et là je pleure….c’était 5 jours après les faits… je lui explique… et lui dis que je me sens sale vraiment sale, que c’est trop dur… Je lui raconte mais pas tout… elle me dit qu’il faut que j’aille porter plainte, j’y suis allée 3 jours plus tard…
Quelque temps plus tard, je lui avoue que je ne lui ai pas tout dit et elle comprend du coup pourquoi je réagis de cette façon, je ne lui avais pas dit qu’il m’avait forcée à lui faire une fellation, cela me dégoutait plus que tout j’avais vraiment honte !

Maintenant, nous sommes en novembre 2017, un an et demi plus tard, et j’ose enfin lui avouer qu’il est allé jusqu’au bout, ce que mon cerveau bloquait jusqu’à maintenant comme s’il interdisait à ma bouche de sortir ces mots inavouables, horribles…

  1. As-tu porté plainte et comment ça s’est passé ?

    Je suis allée porter plainte seulement 8 jours après les faits, j’avais vraiment peur et au départ je ne voulais pas car je ne connaissais finalement rien de cet homme puisque je suis certaine que tout ce qu’il m’a dit est faux étant donné qu’il a supprimé bizarrement son profil sur le site… et surtout j’avais honte…
    Quand je suis arrivée, j’étais pétrifiée, j’ai été reçue par un homme… j’ai dit que je voulais porter plainte… je tremblais, j’ai bien cru que j’allais m’effondrer. Il m’a demandé si je préférais voir une femme, j’ai fait un oui de soulagement… mais je ne savais pas si j’allais réussir à sortir un mot… j’étais comme bloquée complètement.
    Elle a tenté de me mettre à l’aise mais bon c’était extrêmement compliqué vraiment…
    J’ai commencé à lui raconter… mais comme je ne connaissais finalement rien de ce pervers et que cela faisait 8 jours… On ne pourrait rien faire… Je suis repartie en étant « contente » d’avoir réussi à y être allée mais bon….

  2. Qu’attends-tu de la justice aujourd’hui ?

    Personnellement, je n’attends rien, je veux réussir à avancer… Mais je souhaite que la justice évolue pour toutes les personnes qui pourraient subir cette atroce souffrance…. Que la justice soit moins longue pour que les victimes puissent arriver à vivre après ce terrible traumatisme.

  3. Et le plus important, comment vas-tu à l’heure actuelle ?

    Cela fait un an et demi maintenant que les faits se sont produits, et je n’arrive toujours pas à prononcer le fameux mot « viol », je me sens toujours aussi mal et aussi salie.
    Je fais d’horribles cauchemars avec des crises d’angoisse, j’ai peur partout, dans la rue, dans les magasins, dès qu’un homme s’approche je panique, alors oui je sais que tous les hommes ne sont pas des monstres mais pour le moment c’est trop difficile…
    Je suis toujours suivie par l’infirmière, qui m’a dirigée vers le psychiatre (je suis donc sous antidépresseurs, anxiolytiques et j’ai un somnifère qui ne fonctionne pas super bien sur moi d’ailleurs) et normalement je devrais voir la psychologue en complément de l’infirmière mais il y a de l’attente… J’ai enfin réussi à tout avouer, la totalité de ce qu’il m’est arrivé, du coup elle va tenter d’appuyer auprès de la psychologue pour que je puisse avancer…
    Par moment, je voudrais tout abandonner… j’ai la sensation d’être brisée….
    Je tente des choses, je me suis inscrite au Body’Zen, je pense que cela me convient bien sauf quand il faut faire des choses par deux et qu’il y a contact…. Mais je l’ai fait quand même, même si j’étais au bord de la crise d’angoisse…
    Tout reste difficile, j’ai la sensation que tout est difficile…
    J’étais au chômage et maintenant aux ASS donc la situation est très compliquée mais je ne peux vraiment pas aller travailler c’est trop dur… Je fais des crises d’angoisse en plein entretien c’est catastrophique…
    J’ai beaucoup de mal depuis peu avec la nourriture, j’ai du mal à manger, tout m’écœure…
    J’espère que je finirais par vivre et non pas survivre …. Carpe Diem…
    Je finirais en disant que j’arrive un peu à avancer grâce à Anna Circé, que j’ai découverte complètement par hasard, et avec qui j’ai fini par me lier d’amitié… Merci Anna…
    « Ensemble nous sommes plus fortes… »

 

 

 

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